À l’innocence, à la gravité et à la noblesse d’âme de mon époque et de ma patrie - J.H. Pestalozzi

2 juillet 2014

Juin 2014

Recension par Jean-Marc Lamarre

À l’innocence, à la gravité et à la noblesse d’âme de mon époque et de ma patrie. Considérations sur l’actualité - Johann Heinrich Pestalozzi

Traduction de l’allemand par Pierre-G. Martin, Introduction de Daniel Tröhler et Commentaire de Michel Soëtard

Editions Loisirs et Pédagogie, 2012, 252 p.

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Après les guerres napoléoniennes, l’appel de Pestalozzi à l’éducation… Ce livre est la première édition en langue française de An die Unschuld, den Ernst und den Edelmuth meines Zeitlalters und meines Vaterlandes. Ein Wort der Zeit, livre que Pestalozzi (1746-1827) a publié en 1815 à Yverdon sur les presses de son institut. Pestalozzi commence à travailler à ce texte en 1813, alors que l’épopée napoléonienne touche à sa fin ; après en avoir interrompu la rédaction pendant les Cent-Jours, il le termine au moment du Congrès de Vienne et de la défaite définitive de l’empereur.

Saluons d’abord le travail d’édition. Daniel Tröhler et Michel Soëtard ont mis des intertitres et des sous-titres, ce qui facilite la lecture de ce texte mal construit et souvent répétitif. L’introduction de Tröhler replace l’œuvre dans son contexte historique : la chute de Napoléon, qui met un terme aux vingt-trois ans de guerres de la Révolution française et de l’Empire (1792-1815) qui ont ravagé mais aussi modernisé l’Europe ; le Congrès de Vienne (18 septembre 1814 - 9 juin 1815), qui redessine la carte des États européens ; la situation critique de la Suisse, qui, après la fin de la République helvétique une et indivisible (1788-1803) et l’invalidation en 1813 de l’Acte de médiation dicté par Bonaparte en 1803, est en proie à de graves dissensions qui mettent en danger l’existence même du régime républicain. La thèse de Tröhler est la suivante : dans cette Europe qui est épuisée par la guerre et qui aspire à construire des États-nations en s’appuyant sur l’éducation, l’intervention de Pestalozzi a fortement contribué à la mise en place des systèmes scolaires modernes en justifiant les attentes mises dans l’éducation. « Pestalozzi, écrit Tröhler (p.16), n’a certes pas inventé l’école primaire moderne, mais il a aidé à penser pédagogiquement à des questions politiques, et à leur chercher des solutions que l’on trouvera bientôt dans l’école. »

Le commentaire de Michel Soëtard resitue À l’innocence dans l’évolution de la pensée pestalozzienne : la jeunesse patriotique de Pestalozzi à Zürich, l’aventure pédagogico-industrielle du Neuhof, l’enthousiasme puis la déception au moment de la Révolution française, le tournant décisif de la réflexion philosophique dans Mes recherches (1797). Puis Soëtard commente la thèse pestalozzienne du primat de l’éducation, position affirmée explicitement par Pestalozzi dans deux phrases essentielles de À l’innocence. Dans l’Avant-Propos d’abord : « le commencement et la fin (Ende) de ma politique est l’éducation » (p.34). Puis, dans le cours du texte (où la phrase est nettement détachée) : « l’effondrement moral, spirituel et social du continent est tel que son salut n’est possible que par l’éducation, que par la formation à l’humanité, que par la formation humaine (als durch die Erziehung, als durch die Bildung zur Menschheit, als durch die Menschenbildung) ! » (p.169). Il n’y a pas d’abord un Pestalozzi politique puis un Pestalozzi pédagogue. Pestalozzi, presque jusqu’à la fin de sa vie, intervient – à la fois en théorie et en pratique – dans les questions politiques ; on peut mentionner, entre autres, sa participation en 1802 à la Consulta de Paris pour laquelle il a été élu député et sa rencontre avec le tsar Alexandre 1er à Bâle en 1814 (cf. la gravure en première page de couverture du livre). Cependant son rapport à la politique a changé : après le tournant de Mes recherches, il n’attend plus de la politique la solution des problèmes humains ; il met désormais tous ses espoirs dans l’éducation et la pédagogie. Dans une lettre de 1807 à son ami Usteri, il écrit : « Le rêve de faire quelque chose des hommes par la politique, avant qu’ils soient vraiment quelque chose, ce rêve a disparu en moi ». Et il ajoute : « Ma seule politique est maintenant de faire quelque chose des hommes et de faire d’eux ce qu’il est possible d’en faire ». Autrement dit d’agir par l’éducation (« le commencement et la fin de ma politique est l’éducation »). Dans Mes recherches, Pestalozzi voit dans la formation morale de la personne autonome la solution pour surmonter la contradiction entre l’individu et la société. Comme le notait déjà James Guillaume dans sa notice du Dictionnaire de pédagogie de Buisson (1888), À l’innocence reprend une partie des idées de Mes recherches. Soëtard interprète À l’innocence (et en particulier son anthropologie dualiste) à la lumière de Mes recherches : l’éducation comme formation à l’humanité et l’action pédagogique rendent possible le dépassement de l’opposition entre l’individu et le collectif. Les systèmes scolaires nationaux sont un moyen nécessaire, mais ils subissent, selon Pestalozzi, la corruption inhérente au collectif. Seul le point de vue supérieur de la formation humaine de l’individu par la culture permet au pédagogue, par son action, de s’appuyer sur la puissance de l’outil scolaire tout en surmontant les effets corrupteurs du collectif et de la civilisation : telle est l’interprétation que Soëtard donne du primat pestalozzien de l’éducation humaine de l’individu.

Venons-en maintenant au texte de Pestalozzi lui-même. À l’innocence n’est pas un traité philosophique, c’est un appel et une exhortation morale adressés non seulement à la Suisse mais aussi à l’Europe tout entière (cf. p.207 « Époque ! Patrie ! Continent ! ») et ce genre rhétorique peut rebuter le lecteur d’aujourd’hui. Guillaume y voyait – à tort – « une œuvre où la décadence intellectuelle [Pestalozzi a alors soixante-neuf ans] commence à se faire sentir ». Ce livre est important, non seulement pour comprendre l’évolution de la pensée de celui qui incarne par excellence (avec Comenius) la figure du pédagogue (et auquel Guillaume a consacré la notice la plus longue du Dictionnaire de Buisson), mais surtout parce qu’il pose à sa façon (c’est-à-dire par les envolées de la rhétorique plutôt que par la rigueur des concepts) les grands problèmes de l’éducation moderne : les rapports entre l’éducation et la politique, entre l’éducation et l’école, entre l’éducation nationale et l’éducation humaine. Or ces problèmes sont encore les nôtres.

Dans À l’innocence, Pestalozzi défend une idée de la formation humaine au service de la personne individuelle et il fonde cette idée sur une anthropologie dualiste opposant l’homme animal (la sensualité) à l’homme selon l’essence supérieure de l’humanité (l’ennoblissement moral), l’individu au collectif et la culture à la civilisation. La formation de l’homme est double : formation animale de la sensualité (l’égoïsme sensuel) et formation humaine des dispositions supérieures de l’intelligence et du cœur humains. L’homme ne peut devenir pleinement homme s’il reste dans les limites de la formation animale. La formation humaine élève l’individu au-dessus de la sensualité animale, elle est la voie de « l’ennoblissement individuel de l’humanité » (p.98). Ce terme d’« ennoblissement » (Veredelung), récurrent dans le texte, désigne le but supérieur de l’éducation. Une autre distinction essentielle est celle entre civilisation (Zivilisation) et culture (Kultur). L’homme, dans l’état de société, existe à la fois d’une existence individuelle et d’une existence collective. La civilisation est l’existence collective égoïste des individus (cf. p.106 : « le fondement éternellement égoïste de l’existence collective ») ; la culture (culture intellectuelle, morale et religieuse) est l’ennoblissement de l’homme dans son existence individuelle. La civilisation relève de la formation animale et la culture de la formation humaine. « L’existence collective de notre espèce peut seulement nous civiliser, elle ne peut pas nous cultiver. En elle-même, la civilisation ne tend nullement à l’ennoblissement de notre espèce. Certes elle met fin avec violence à la vie débridée de notre état sauvage, mais elle n’en tue pas l’esprit, elle lui donne seulement une autre forme, une forme civique. » (p.129). La civilisation doit être subordonnée à la culture car, sans la culture, la civilisation n’est que corruption et égoïsme. Pestalozzi distingue donc deux formes de socialisation et deux types d’institution : d’une part la socialisation de la masse (à la différence de la masse, le peuple est formé de citoyens attachés au droit et à la liberté) et les institutions étatiques créées pour et contre la masse, d’autre part la socialisation des relations de personne à personne et la famille, ainsi que, dans une certaine mesure, les églises, l’école, l’assistance philanthropique, c’est-à-dire les institutions qui prennent soin de l’individu. « Notre espèce ne se forme profondément que dans le face à face, que par l’échange humain cœur à cœur. Elle ne se forme profondément que dans de petits cercles qui s’étendent peu à peu dans la grâce et l’amour, dans la sécurité et la fidélité. La formation à l’humanité, la formation humaine et tous les moyens auxquels elle recourt ont leur origine et leur essence dans l’individu et relèvent éternellement d’institutions qui lui sont proches, qui s’attachent étroitement à lui, à son cœur et à son intelligence. » (p.39).

L’État – on pourrait dire « les appareils d’État » – est, comme la masse, intrinsèquement égoïste. Il tend spontanément à l’arbitraire et au despotisme : « Tout pour moi », telle est sa devise. Comme institution de civilisation, l’État régule le collectif par la contrainte, voire même par la violence ; mais il ne procède pas des besoins supérieurs de l’individu. Son « but n’est pas du tout l’ennoblissement, le perfectionnement de l’espèce humaine ; il est d’optimiser les avantages que procure la vie commune à un groupe d’hommes plus ou moins nombreux et d’assurer la possibilité d’en profiter tranquillement. » (p.107) Les excès de l’État, comme ceux de la masse, doivent être contenus et limités par le droit et la loi (droits des peuples, droits du peuple, droits des individus). Mais le régime politique constitutionnel – l’état de droit – ne suffit pas, il n’est par lui-même qu’une amélioration extérieure. Sans la culture de l’individu, sans l’idée de la valeur sacrée de l’existence individuelle supérieure à l’existence collective, sans la conception supérieure de la noblesse de l’homme, aucune organisation sociale et politique ne saurait élever notre espèce à l’essence supérieure de l’humanité. « C’est pourquoi, si l’on ne se soucie pas de l’ennoblissement individuel de l’humanité, il ne sert à rien d’améliorer extérieurement la constitution. » (p.98). D’où le primat de l’éducation sur la politique et la nature essentiellement interpersonnelle (et non pas collective) de l’éducation.

La pensée politique et sociale de Pestalozzi débouche sur une critique de l’État éducateur ; l’éducation ne dépend pas tant de l’État et des institutions publiques – même si celles-ci sont nécessaires – que des individus eux-mêmes et des relations en face à face. L’école est ambivalente (il en est de même des églises et de l’assistance). En tant qu’institution publique, elle est « un appareil d’État » et, à ce titre, elle relève de la civilisation ; mais elle peut vivre aussi comme une petite communauté qui favorise les relations interpersonnelles et, dans ce cas, elle est un lieu de culture. L’école doit être considérée, non pas du point de vue de l’État et de la subordination de l’individu au collectif, mais selon la perspective de l’ennoblissement de l’individu. « Selon cette optique supérieure, la seule vraie, les affaires ecclésiastiques, scolaires et d’assistance peuvent ne pas tenir du tout à l’existence collective de notre espèce, mais doivent absolument être considérées comme relevant des individus et de l’intérêt supérieur et sacré de la nature humaine, telle que celle-ci s’exprime dans les rapports les plus étroits de la vie domestique. » (p.119). L’école est de l’ordre de la civilisation lorsqu’elle se borne à inculquer des connaissances et des savoir-faire utiles pour la société et à dresser à l’obéissance exigée par l’État. « Les écoles ne relèvent pas non plus de l’existence individuelle quand elles inculquent aux enfants les seules connaissances caractéristiques de la civilisation, par des procédés mécaniques de mémorisation qui ankylosent l’intelligence, ni quand elles les familiarisent physiquement avec les seules capacités demandées par la société civilisée, mais bien quand elles exercent harmonieusement toutes les dispositions de notre nature humaine et développent ses forces en accord avec le caractère sacré de la vie domestique et avec son sens divin. » (p.118-119). La tendance spontanée de l’État est de contrôler et même de limiter l’éducation et l’instruction car il craint que les individus n’« acquièrent par l’éducation des idées qui auraient pu leur donner des envies inconvenantes de participer au gouvernement. » (p.157). Pour penser la situation de l’Europe de 1815, Pestalozzi mobilise les notions que nous venons de présenter. La situation se caractérise par un égoïsme endurci – « un endurcissement complet et absolu » (p.137) – et une corruption extrême et généralisée ; l’époque est une époque de civilisation sans culture, où règne le mépris du droit, de la justice et de l’ennoblissement de l’individu. Pestalozzi cherche à comprendre les malheurs de son temps en remontant à la cause profonde : l’effondrement moral et spirituel. Napoléon est le nom de cet effondrement, mais le mal vient de plus loin. L’affaiblissement de la société et de l’État a suscité la barbarie de la sans-culotterie (cf. le jugement de Pestalozzi sur la Révolution française dans Oui ou non ? Écrits sur la Révolution française, Editions Loisir et Pédagogie, 2007) et, à la barbarie de la masse, a répondu la barbarie de l’État. Le despotisme napoléonien a poussé à son paroxysme l’égoïsme de l’État en écrasant l’individu sous le collectif et en assujettissant les églises et les écoles au pouvoir ; Napoléon, qui « a traité l’enfant dans le corps de la mère comme bien appartenant à l’État » (p.128), incarne les excès de l’État éducateur. « À travers la force de ce personnage qui dans l’inhumanité atteint presque, si j’ose dire, au sublime, Celui qui tient entre ses mains le destin des hommes nous a fait sentir, comme jamais le monde ne l’avait senti, toute la nullité et toute l’horreur de l’état de société quand il est conçu entièrement au point de vue de l’existence collective, en niant l’existence individuelle. » (p.123). Mais, en poussant à son extrémité la violence d’État et la corruption civilisée, la catastrophe napoléonienne a rendu possibles un sursaut et une transformation en profondeur de la société. C’est le sens de l’appel de Pestalozzi à l’éducation. L’heure a sonné de se réveiller et d’agir radicalement contre les causes en attaquant, par l’éducation, le mal à sa racine. Dans À l’innocence, Pestalozzi met ses espoirs dans les princes du Congrès de Vienne, « les sauveurs de l’Europe » (p.77). Mais il n’appelle pas à une restauration. « Non ! Le cours des temps ne tolère plus que l’on berce le peuple de la moindre illusion. » (p.27). Pestalozzi reste un républicain, mais pas pour les grandes nations (cf. p.31). Le salut n’est pas dans une révolution politique, mais dans une révolution éducative. Il faut d’abord construire l’homme, ou plutôt aider l’homme à se construire lui-même. Priorité de l’éducation sur la politique : « Devenons des hommes pour que nous puissions redevenir des citoyens et former de nouveau des États ! » (p.57). Être radical en éducation, c’est prendre les choses par la racine, c’est-à-dire au berceau. En effet, « la source de cette corruption [la corruption civilisée] déploie ses effets dès le berceau. » (p.60). Le projet pestalozzien est essentiellement celui d’une éducation humaine de l’individu dans la lignée de l’Émile de Rousseau plutôt que d’une instruction publique (Condorcet) ou d’une éducation nationale (Fichte). Le petit cercle de la famille est le moyen de la formation spécifiquement humaine. C’est en effet dans le calme et l’innocence de la relation avec la mère que se développent l’amour, la moralité et la foi, base de la formation humaine. « L’influence maternelle » est « la source de tous les vrais moyens de couper à la racine les maux essentiels dus à la corruption de l’État et de la civilisation » (p.172). Mais la famille est formatrice, non pas en tant qu’institution, mais dans la mesure où le père et surtout la mère ont le sens de la formation. Il faut d’abord éduquer les mères : « le monde a un besoin urgent d’un Livre des mères » (p.195). L’éducation comme formation humaine se joue fondamentalement « là où l’individu s’approche de l’individu » (p.117), autrement dit dans le face à face de la relation entre les personnes. « Un sauvetage radical de notre continent face aux maux dont il souffre est possible uniquement par une prise en charge individuelle de notre espèce, sur le plan moral, intellectuel et physique, conforme à la nature. […] cette prise en charge elle-même est possible uniquement par le rétablissement de la pureté, de la dignité et de la force de la vie domestique. » (p.182-183). Dans À l’innocence, Pestalozzi reste enfermé, selon nous, dans une pensée dualiste où l’un des termes est entièrement positif et l’autre entièrement négatif. Il ne pense pas le rapport entre l’individu, la relation interpersonnelle et le social, et son dualisme l’empêche de prendre en compte la valeur instituante de la forme scolaire. Mais les antithèses du discours pestalozzien (individu-collectif, civilisation-culture, etc.) sont, nous semble-t-il, moins des concepts philosophiques à proprement parler que des schèmes de pensée c’est-à-dire des termes qui sont à la fois des références philosophiques, des notions pédagogiques, des figures de rhétorique, des interprétations d’expériences vécues. Ces schèmes ont moins une fonction « scientifique » de connaissance qu’une fonction d’appel à l’action éducative et d’élucidation de cette action.

Dans leurs commentaires, Daniel Tröhler et Michel Soëtard ne font pas référence aux fameux Discours à la nation allemande (1808) de Fichte. Il nous semble cependant que À l’innocence est en un sens la réplique de Pestalozzi aux Discours de Fichte. Même interpellation par l’évènement, même républicanisme, même diagnostic sur l’époque, même jugement sur Napoléon, même conception salvatrice de l’éducation, même rhétorique de l’appel. Mais, alors que pour le philosophe allemand le remède est dans l’éducation de la nation (sur la base de la Méthode de Pestalozzi), pour le pédagogue suisse il est dans l’éducation humaine de l’individu. Pestalozzi, en mettant en avant le primat de l’éducation, a grandement contribué, comme le montre Tröhler, à la mise en place des systèmes scolaires nationaux. Dans différents États européens en effet, les élites intellectuelles et les responsables de la politique scolaire ont manifesté un intérêt pour la Méthode. Des demandes précises ont été adressées au pédagogue suisse, des jeunes élèves-instituteurs étrangers ont été envoyés, pour leur formation professionnelle, à Yverdon. Fichte a proposé une éducation nationale allemande pestalozzienne ; W. von Humboldt s’est appuyé sur la pédagogie de Pestalozzi dans sa tentative de réforme des écoles primaires prussiennes. Mais cette inspiration pestalozzienne des politiques scolaires repose sur un malentendu : Pestalozzi, au moins après l’échec de sa demande de reconnaissance par les autorités helvétiques, refuse l’idée d’une généralisation de la Méthode sous la forme d’une éducation nationale. Le problème de l’éducation moderne a été posé par Rousseau sous la forme d’un dilemme entre l’éducation nationale et l’éducation humaine. Pestalozzi a cherché à sortir de ce dilemme ; mais, ne parvenant pas à penser la valeur positive de la forme scolaire, il échoue, selon nous, dans sa tentative de synthèse entre système scolaire et éducation humaine de l’individu. Éducation humaine-éducation nationale, ce problème est, en un sens, encore le nôtre.

Jean-Marc Lamarre - Institut Universitaire de Formation des Maîtres des Pays de la Loire - Centre de Recherche en Éducation de Nantes, Université de Nantes

Article tiré du site : http://www.recherches-en-education.net
Rubrique:  Recensions