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Les acteurs de l’Éducation nouvelle au XXe siècle. Itinéraires et connexions - X. Riondet, R. Hofstetter & H.L.Go

Décembre 2019

Recension de Jean Houssaye

Les acteurs de l’Éducation nouvelle au XXe siècle. Itinéraires et connexions - Xavier Riondet, Rita Hofstetter & Henri Louis Go

Presses universitaires de Grenoble, 2018, 287 pages

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Cet ouvrage est la résultante d’un symposium du REF (Réseau Éducation Formation) de juillet 2017 qui se proposait « d’éprouver la portée heuristique de la notion d’itinéraire pour revisiter l’histoire de l’Éducation nouvelle » (p.7). L’introduction de l’ouvrage est particulièrement pertinente, car elle a comme objectif, à partir et au-delà de la littérature disponible, d’analyser les enjeux et les finalités des travaux présentés ici, concernant ce que l’on appelle l’Éducation nouvelle. Comment en faire l’histoire autrement ? Comment la resituer dans ses contextes ? Est-elle vraiment nouvelle ? Quelles ont été ses répercussions ? Quels effets sur les pratiques ordinaires et sur les conceptions éducatives ? À quel prix pour l’Éducation nouvelle elle-même ?

Ces questions, parmi d’autres, sont abordées au prisme de la notion d’itinéraire et de sa polysémie : physique, culturelle, socialisatrice et formatrice, intellectuelle. Incontestablement, l’approche se veut nouvelle : comment échapper à « un retour aux vieilles biographies des grandes figures » (p.15) ? Peut-être en analysant le champ dans lequel sont ancrés tels ou telles pédagogues. Ce qui permet de faire émerger une approche génétique des différentes pédagogies qui composent l’Éducation nouvelle. Ce qui permet aussi de comprendre certains phénomènes liés à l’émergence, aux dérivations ou aux dérives de ces pédagogies. Il s’agit donc de remettre les acteurs et les initiatives dans leurs contextes, par rapport aux institutions et dispositifs de leur temps, en lien avec les conditions de réception et de diffusion de leur inscription temporelle.

On peut alors parler d’une recherche d’un équilibre entre l’acteur et les groupes sociaux qu’il fréquente, qu’il s’agisse du mouvement de l’Éducation nouvelle lui-même, des autres mouvements ou réseaux, tout autant que des normes et des valeurs dominantes.

Ce qui amène à s’intéresser aux pratiques et aux conceptions des uns et des autres. Ne serait-ce que pour tenter de discerner la singularité éventuelle d’un acteur, au regard des institutions et des normes de son époque.

En fait, au-delà de leurs travaux, les auteurs de cet ouvrage ont un espoir : « un jour de répondre à des questions faussement faciles comme : en quoi l’éducation est-elle réellement nouvelle ? En quoi la pédagogie en jeu peut-elle être considérée comme effectivement alternative ? Et peut-on savoir s’il y a une manière pertinente de la pratiquer ? » (p.21). On le leur souhaite ! Mais, sans attendre, quoi qu’il en soit, ces auteurs pensent par leurs contributions, celles de cet ouvrage et bien d’autres, concourir, d’une part, à revisiter l’histoire des idées pédagogiques et, d’autre part, nourrir de manière originale l’histoire des réformes. Ce qui, on en conviendra, n’est déjà pas une mince affaire…

Saluons aussi la qualité formelle de cet ouvrage de 288 pages. La bibliographie des différents chapitres est regroupée à la fin, ainsi qu’un index des noms. Suite à cette introduction pertinente et problématisée, dix chapitres composent l’ouvrage, consacré pour neuf d’entre eux à des figures de l’Éducation nouvelle et, pour le chapitre 9, à une structure, celle du Bureau international d’éducation (BIE). Chaque chapitre est introduit par un résumé qui permet ainsi à chaque lecteur de tracer son propre itinéraire au gré de ses intérêts. Il serait fastidieux de reprendre systématiquement chaque chapitre, car ils mériteraient tous une présentation approfondie. Contentons-nous de citer les figures étudiées : Madeleine Guéritte, Célestin Freinet, Elise Lagier-Bruno (Freinet), la pédagogie Freinet, Montessori, Paul et Edith Geheeb, Makarenko, Ovide Decroly, le BIE, Charles-Joseph Magnan. Certes vous pourriez avoir l’impression que vous connaissez déjà bien la plupart de ces pédagogues, mais justement la lecture des chapitres vous permettra certainement de les découvrir autrement, et même parfois de façon surprenante. En revanche, d’autres noms ne vous disent peut-être pas grand-chose : ce sera l’occasion d’élargir le champ de vos représentations sur l’Éducation nouvelle. Car nous n’en avons pas fini avec elle, ni théoriquement ni pratiquement. Elle demeure incontournable.

Cet ouvrage s’inscrit dans un ensemble de travaux universitaires sur l’Éducation nouvelle. Un champ de chercheurs s’est constitué et structuré au fur et à mesure. Les connexions sont maintenant bien établies entre les chercheurs sur l’Éducation nouvelle. Mais on peut espérer que cette activité universitaire va permettre aux « sites emblématiques de la pédagogie » (p.9) de se structurer à leur tour pour construire leur itinéraire des pédagogues. Sinon l’Éducation nouvelle ne serait plus qu’une histoire aux mains des chercheurs…

Jean Houssaye - Professeur émérite, Université de Rouen


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